Twin Peaks, le film
par Arnaud Viviant
La série culte de David Lynch revient sur grand écran ! Chronique d'un délire annoncé, par un "twin piqué" de la première heure, avec vue impressionnable sur le sexe et les filles.

Si Twin Peaks n'avait été qu'un feuilleton américain un peu plus tordu et plus intelligent que la moyenne, disons une série pour intellos en rupture de Supercopter, nous n'en ferions pas tout un plat. Et nous ne serions pas aussi émoustillés à l'idée que David Lynch remette le couvert, cette fois au cinéma, avec Twin Peaks le film, produit par Francis Bouygues. Mais tous les aficionados vous le diront : Twin Peaks n'était pas simplement du jus de cervelle pour lecteur des Cahiers du Cinéma et de Libération. C'était aussi le soap le plus sexy et le plus brillant depuis l'invention de la télévision. Twin Peaks était un feuilleton pervers. Pas seulement à cause de son énigme, aux rouages abracadabrants; mais aussi - et surtout - dans sa manière d'aborder, hum, la fesse. Lynch tient d'Alfred Hitchcock dans sa manière de penser le sexe, d'érotiser la pensée. Et le scénario qu'il avait concocté avec Mark Frost était un plat composé de méninges et d'hormones, de héros et d'Eros, de Q.I. et de cul. L'histoire d'une lycéenne de dix-sept ans, Laura Palmer (Sheryl Lee), violée à mort dans une petite bourgade américaine (Twin Peaks) dont le centre nerveux, quoique occulte, est un bordel. Une Laura chaste le jour, mais dissipée la nuit : droguée, partouzeuse, prostituée, masochiste et - qui sait ? - peut-être bien incestueuse. On l'a tuée après l'avoir ligotée et torturée. Mais qui ?

On nous répliquera : bof bof, tout ça a quand même l'air bien intello-branché-parisien. Pas sexy pour deux sous. Très bien. Alors sortons nos dernières cartouches et disons, pour parler vulgairement, qu'il y avait un paquet de belles filles dans Twin Peaks. Des blondes, des brunes, des grandes, des petites, des Eurasiennes. Tout un bataillon de créatures divines, un régiment entier d'ondines, une pleine escouade d'attirantes coquines. Ce sont elles qui faisaient le charme définitif du feuilleton; elles, ce coulis de chair fraîche qui circulait, tout affriolante et ingénue, dans les rues de la petite ville libidineuse. Une simple comparaison pour que vous saisissiez : imaginez un instant qu'un feuilleton français réunisse à l'écran Mathilda May, Juliette Binoche, Isabelle Adjani et Carole Bouquet. Joli casting, non ? Eh bien Twin Peaks était l'équivalent US de ce feuilleton français-là, hélas imaginaire

Arnaud Viviant
Max, mai 1992.

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